Qu’y gagne-t-on à prolonger la fermentation ? L’exemple des « high ester rums »
La question n’est pas anodine. Dans le monde du rhum, certaines distilleries jamaïcaines célèbrent des fermentations extrêmes, jusqu’à 10 jours, pour obtenir ces fameux High Ester Rums, aux arômes explosifs de cuir, fruits trop mûrs, colle et huile de machine. Mais à la Réunion, la plupart des distilleries recherche davantage la finesse que l’exubérance. Prolonger la fermentation, c’est ouvrir la porte à la flore indigène et aux bactéries locales (notamment les Lactobacillus), générant plus d’esters, d’acides volatils, et avec eux, le spectre du « funk » jamaïcain.
Des micro-cuvées chez Savanna ou Isautier ont montré que passer de 36 h à 96 h multiplie par deux, voire trois, la concentration totale d’esters volatils (voir Revue du Rhum, 2022). Mais cela demande une maîtrise extrême : le risque majeur reste l’apparition de phénols, de notes terreuses ou animales, voire de défauts microbiologiques qui jurent avec l’attente locale d’un rhum plus propre, élégant et buvable jeune.