Les levures, maîtresses de la fermentation alcoolique
Les Saccharomyces : la colonne vertébrale
Leurs noms fleurent bon la science mais sont familiers des personnes habituées des fermentations : Saccharomyces cerevisiae et Saccharomyces bayanus, principalement. Elles sont présentes naturellement à la surface des raisins, parfois en faible proportion, mais s’imposent peu à peu dans la cuve grâce à leur capacité à tolérer l’alcool. Leur mission ? Transformer les sucres simples (glucose, fructose) en alcool éthylique et en CO₂. La plupart des analyses (cf. J. Sablayrolles, INRAE, 2010) montrent que, lors d’une fermentation spontanée de moût de raisin gascon, ces souches représentent souvent 80 à 90 % de la population finale en fin de fermentation.
Ce sont elles qui garantissent :
- Un rendement élevé en alcool (8 % à 11 % vol. selon la richesse initiale du moût)
- Un profil aromatique net, peu sujet aux défauts
- La production de produits secondaires (esters, alcools supérieurs) qui vont définir l’aromatique du vin de distillation
Levures non-Saccharomyces : l’expression du terroir
Avant le triomphe des Saccharomyces, d’autres levures entrent en scène dès le pressurage : Hanseniaspora uvarum, Metschnikowia pulcherrima, Pichia, Candida, Torulaspora delbrueckii. Parfois plus fragiles à l’alcool, elles initient ce que les oenologues appellent une « pré-fermentation », influençant de manière déterminante les premières heures :
- Production de composés aromatiques originaux (esters floraux, composés thiolés, composés épicés selon la souche)
- Capacité à « nettoyer » ou à concourir avec certaines bactéries indésirables
- Participation au velouté, à la structure et à la diversité du moût fermenté
En Armagnac, ce « mélange d’espèces » n’est jamais identique d’un cru à l’autre, car chaque cuve, chaque vendange, chaque météo ou chaque mode de culture (bio, conventionnel, nature) module la population microbienne initiale, avec une variabilité fascinante (source : Université de Bordeaux, Thèse Y. Sablayrolles, 2017).