Levures indigènes : l’expression du terroir
Les levures indigènes, aussi appelées levures sauvages, sont présentes naturellement dans l’environnement de la distillerie : sur la canne à sucre, dans l’air, sur les équipements, dans les cuves.Chaque distillerie, chaque chai, chaque climat favorise un écosystème microbien unique. On parle ici d’un véritable “microbiote de terroir”.
- Chez Rum Fire (Jamaïque), plus de 16 souches de levures différentes ont été isolées dans une même cuve dans les années 2010 (Baker et al., Applied Microbiology and Biotechnology, 2012).
- A La Favorite (Martinique), l’environnement naturel, très peu aseptisé, contribue à la multiplication spontanée de levures indigènes, avec des cycles de fermentation qui évoluent de saison en saison (source : Observatoire Martiniquais de la Canne à Sucre, 2022).
- Un étude menée à Cuba (2021) a identifié pas moins de 28 espèces différentes de levures et bactéries dans les premières heures de fermentation de la mélasse (source : Journal of the Institute of Brewing).
Les levures indigènes se distinguent par leur diversité et leur imprévisibilité. L’aromatique du rhum qui en résulte s’enrichit de leurs interactions, produisant souvent des profils organoleptiques complexes, plus nuancés, parfois même sauvages ou déconcertants dans leur intensité.
Un enjeu patrimonial
Accueillir la “sauvagerie” des levures indigènes, c’est aussi préserver une tradition, une certaine continuité historique des distilleries qui travaillent sans désinfectant, souvent avec un matériel ancien, et un savoir-faire transmis par l’expérience plus que par la science.