Des profils aromatiques construits dans la diversité microbienne
Comparer deux rhums agricoles – l’un issu de fermentation spontanée, l’autre de fermentation dirigée – revient à opposer une jungle aromatique à un jardin à la française. Si la levure isolée apporte un fruité net, la spontanéité multiplie les couches :
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Notes fruitées confites : fruits mûrs, banane flambée, mangue séchée, ananas fermenté, obtenues par surproduction d’esters éthyliques et acétiques
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Arômes végétaux : canne chaude, herbe macérée, olive verte – signatures de nombreuses bactéries lactiques
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Toucher crémeux ou lacté : lié à la production de composés tels que le diacétyle (beurre), fréquemment retrouvé dans les longues fermentations
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Nuances empyreumatiques : tabac blond, fumée douce, développées sous l’action de composés phénoliques générés par certaines levures non-Saccharomyces
Dans un rhum agricole de la distillerie Poisson (Marie-Galante), où la fermentation dure 72 h sans ajout de levure, des analyses ont montré plus de 150 composés aromatiques détectables au chromatographe (Source : L’Ambassadeur du Rhum, Hors-série « Arômes », 2023). À titre de comparaison, un rhum issu de fermentation contrôlée présente environ 60 à 80 composés majeurs détectés.
L’influence sur l’évolution après distillation
Cette richesse initiale transforme aussi la maturation. Les rhums provenant de fermentation spontanée réagissent différemment au vieillissement en fût : leurs esters, plus variés, se transforment lentement, générant des confits, des fruits secs, de la rancio, là où d’autres profilent plus vite vers la vanille ou le caramel (source : Ferrand/Barrel Aging Seminar, 2020).