L’artisanat contre l’ère de l’édulcoration
Dès le XIXe siècle, la tentation de rendre les eaux-de-vie plus accessibles a mené certains producteurs à adoucir outrageusement leurs alcools. À partir des années 1960-1970, la démocratisation du rhum, du whisky ou du brandy a accentué ce virage. Les grandes enseignes, soucieuses de séduire un public plus large, utilisaient (et utilisent encore) l’ajout de sucre pour arrondir les angles, donner du corps artificiellement, ou simuler une maturité absente.
- Le rhum industriel peut contenir jusqu’à 20 g de sucre par litre, voire davantage (cf. tests de la Rum Revelations).
- Dans certaines vodkas aromatisées, la teneur en sucre grimpe au-delà de 30 g/l.
- Certains liqueurs de whisky dépassent les 100 g/l.
Face à cet envahissement, l’artisanat s’est parfois construit en réaction : pas d’arrondis, pas de sirop, pas d’effets de manche. Un whisky brut de fût, une grappa rustique, un mescal sauvage, un vieux calvados familial ne cherchent pas à plaire d’emblée mais à livrer, sans concession, la nature même de leur origine.
Le sucre masqué : les techniques industrielles en question
Lorsque le consommateur s’étonne qu’une eau-de-vie artisanale manque de sucrosité, c’est bien souvent qu’il a pris l’habitude, à son insu, d’alcools où le sucrage discret remplace la patience ou le travail. Les grands embouteilleurs de rhum ou de brandy n’indiquent que rarement le sucre ajouté sur l’étiquette. Selon une enquête du magazine Rumporter, 75% des rhums vendus en France en 2022 présentaient des traces de sucre ajoutées, parfois à des niveaux peu perceptibles mais bien présents (Rumporter).
L’absence de sucre dans une bouteille artisanale devient alors un gage d’honnêteté et de rigueur, quitte à surprendre un palais formaté.